Évolution des dépenses en éducation enseignement supérieur

Dépenses en éducation : un retard de 1,5 milliards de dollars à rattraper!

Selon le journal La Presse (lundi 27 mars), le gouvernement du Québec annoncera probablement un réinvestissement de 600 millions de dollars en éducation et en enseignement supérieur cette année lors du discours du budget demain mardi, et une augmentation substantielle de ces dépenses pour les deux années suivantes. C’est une excellente nouvelle pour le monde de l’éducation et pour le Québec!

Mais ne nous laissons pas aveugler par la valse des millions, il s’agit en fait d’un rattrapage pour combler le trou délibérément créé par l’austérité budgétaire des trois dernières années.

Si on exclut les années d’austérité, les dépenses en éducation/enseignement supérieur ont connu une croissance moyenne de 2,8%, tel que le montre le tableau 1. Heureusement, cette croissance a presque toujours été plus forte que l’inflation, ce qui est fondamental pour au moins couvrir l’augmentation des coûts d’opération du système (salaires, fournitures, etc.).

Croissance des dépenses en éducation enseignement supérieur

Mais, en 2014-2015, la croissance des dépenses en éducation/enseignement supérieur n’était que de 1,8%. Encore pire, ce poste budgétaire a connu un sérieux coup de hache de 0,14% en 2015-2016, soit 69 millions de dollars en moins.

Que serait-il passé sans cette austérité budgétaire? Prenons une hypothèse conservatrice d’un taux de croissance de 2,1% dépenses en éducation/enseignement supérieur, soit le taux le plus faible du tableau 1 hors période de compression. Dans le tableau 2 ci-dessous, la ligne rouge indique l’évolution estimée des dépenses d’éducation / enseignement supérieur en supposant ce rythme de 2,1% annuellement.

Évolution des dépenses en éducation enseignement supérieur

La ligne bleue montre l’évolution réelle, incluant le réinvestissement prévu dans le budget de demain, soit une augmentation substantielle cette année de 4%, puis une croissance de 3,5% pour les deux années suivantes.

On voit clairement les effets des compressions budgétaires entre 2014 et 2016. Une grande partie du réinvestissement servira donc essentiellement à combler les coupures passées.

Par contre, si le gouvernement maintient effectivement un rythme de croissance des dépenses en éducation/enseignement supérieur de 3,5% de 2018 à 2020, nous aurons alors un investissement net positif, c’est-à-dire du nouvel argent supplémentaire pour le système.

Si le gouvernement accorde autant d’importance à l’éducation, pourquoi toutes ces restrictions budgétaires de 2014 à 2016, si c’est pour finalement faire un rattrapage? N’aurait-il pas été mieux de maintenir un taux de croissance raisonnable des dépenses plutôt que d’affaiblir dangereusement notre système d’éducation et devoir réparer les pots cassés par la suite?

En fait, je soupçonne le gouvernement actuel de ne pas avoir priorisé l’éducation au départ de leur mandat. Les dépenses en éducation / enseignement supérieur se maintiennent année après année à 25% des dépenses de programmes du gouvernement, même pendant les années de restrictions budgétaires. Ce qui signifie qu’en 2015-2016, il y a eu des coupures nettes en éducation, mais aussi dans le budget total du gouvernement, si bien que le ratio est resté à 25%.

Par conséquent, si le gouvernement avait voulu démontrer son intérêt prioritaire pour l’éducation, il aurait fallu couper encore davantage dans d’autres postes budgétaires, dans un contexte de compressions budgétaires, afin de maintenir le niveau d’investissements dans le réseau.

Dans un monde globalisé et concurrentiel, le développement économique du Québec repose sur l’innovation, les compétences et la formation de la main-d’œuvre. C’est pourquoi l’éducation est une carte maitresse pour assurer la prospérité du Québec.

Et c’est d’autant plus vrai en ces temps de post-vérités trumpesques, car c’est toute notre démocratie qui dépend de la capacité de chaque individu de comprendre le monde qui l’entoure.

C’est pourquoi ce réinvestissement du gouvernement de Philippe Couillard en éducation, qui arrive peut-être tardivement, reste véritablement salutaire!

Des cavistes à la rescousse

OPINION
Des cavistes à la rescousse

Le modèle des camions de rue pourrait être appliqué à l’alcool et favoriser une plus grande diversité de produits

Mon article d’opinion paru dans La Presse, 11 juillet 2015.

Pourquoi ne pas essayer, dans un premier temps, un petit projet pilote permettant l’ouverture de cinq à huit petits cavistes indépendants ? Le choix des cavistes se ferait par appel à candidatures. Chacun devra présenter un concept de boutique spécifique et original. Le gouvernement sélectionnerait les concepts apportant le plus de valeur ajoutée aux consommateurs, en termes d’originalité et de choix, mais aussi de localisation (pas seulement Montréal et Québec).

Pour lire l’article:
Les cavistes à la rescousse!

Place aux cavistes

Article d’opinion publié dans La Presse

Publié le 08 février 2013 à 06h00 | Mis à jour le 08 février 2013 à 06h00
Place aux cavistes
On attirerait une frange importante de consommateurs actuellement peu intéressés par le vin, soit à cause des prix trop élevés, soit par manque d’intérêt ou de connaissances oenologiques.Photo David Boily, archives La Presse

Place aux cavistes

Voici mon article d’opinion paru dans La Presse le 8 février 2013

Dans une récente chronique, Alain Dubuc propose de briser le monopole de la Société des alcools du Québec, en suggérant, par exemple, l’ouverture du marché à des petits cavistes, mais seulement si cette formule permettait à l’État de recueillir les mêmes revenus.

Voilà une idée que je défends depuis plusieurs années. Dans une étude en mars 2012, j’avais justement estimé l’impact d’une telle libéralisation sur les finances du gouvernement du Québec.

La libéralisation partielle du marché consiste à autoriser de petites boutiques de vin (cavistes) à importer, distribuer et vendre librement des vins et des alcools au Québec, parallèlement à la SAQ. Ce réseau de cavistes permettrait d’offrir aux consommateurs québécois une plus large diversité de vins et d’alcools à des prix plus abordables, et de bénéficier d’un service à la clientèle dynamique et plus personnalisé.

Pour lire la suite:

Place aux cavistes

Pourquoi ne pas privatiser ou démanteler la SAQ?

Dans l’ouvrage « Où sont les vins?» (Éditions Hurtubise, 2009), qui discute plus largement du problème de la distribution des vins et alcools au Québec et du manque de diversité de vins vendus au Québec, je propose une libéralisation partielle du marché québécois.

Cette proposition consiste à autoriser de petites boutiques de vin (cavistes) à importer, distribuer et vendre librement les vins et alcools au Québec. Ce réseau de cavistes permettrait d’offrir aux consommateurs québécois une plus grande diversité de vins et alcools, à des prix plus abordables, ainsi qu’un service à la clientèle dynamique et personnalisé favorisant l’essor de la qualité et de la gastronomie au Québec.

Nous pourrions, dans un premier temps, débuter par un petit projet pilote permettant l’ouverture de cinq à huit petits cavistes indépendants. Chaque boutique devra présenter un concept de boutique spécifique et original. Le gouvernement sélectionnerait les concepts apportant le plus de valeur ajoutée aux consommateurs, en termes d’originalité et de choix. Plus plus de détails sur ce projet pilote, voir mon article d’oponion: Des cavistes à la rescousse (La Presse+, 11 juillet 2015)

PRIVATISER?

Pourquoi ne pas simplement privatiser la SAQ? La privatisation, c’est le fait de transférer à des intérêts privés une entreprise publique. Donc, vendre la SAQ à des investisseurs privés. Mais ceci ne règle en rien le problème! Un monopole est un monopole. Qu’il soit privé ou public, les monopoles tendent à hausser ses prix, diminuer le service à la clientèle, être moins innovant, mettre moins d’effort à diminuer les coûts, etc. Le secret, c’est la concurrence qui va donner aux consommateurs de meilleurs prix; c’est la concurrence qui va réellement forcer la SAQ à devenir plus efficiente et à diminuer ses coûts; c’est la concurrence qui va permettre un service à la clientèle plus dynamique et personnalisé (voir le plaisir de fréquenter un caviste, petite boutique de vin, dans ces petites capsules vidéos amusantes). C’est la concurrence qui va amener la SAQ à se montrer plus réactive face aux désirs des consommateurs, notamment d’avoir accès aux vins québécois.

LIBÉRALISER?

La libéralisation signifie que l’on permet à d’autres distributeurs de venir concurrencer la SAQ. Donc, on « libère » le marché des lois qui interdisent les autres distributeurs à vendre des vins et des alcools.

Pourquoi une libéralisation PARTIELLE?

Je ne souhaite pas le démantèlement de la SAQ. Je veux permettre simplement à de petites boutiques de vin de pouvoir opérer sur le marché. Pourquoi? La concurrence risque d’émerger particulièrement dans les marchés à forte densité de population (Montréal, Québec, Gatineau, etc.) ou des marchés spécifiques (Mont-Tremblant, route des vins en Estrie, relais touristiques à Charlevoix, etc.). En revanche, la libéralisation ne doit pas appauvrir la diversité en vin des autres régions du Québec. Avec le scénario proposé d’une libéralisation partielle, la SAQ conservera les moyens financiers et le pouvoir commercial pour assurer une belle diversité et une distribution efficace à travers le Québec.

La SAQ compte sur un solide réseau de 414 succursales à travers la province, appuyé par un système de distribution efficace à l’échelle du Québec, de façon à pouvoir approvisionner correctement tout le territoire québécois.

Que deviendrait la SAQ dans ce scénario? Tout simplement, une grande entreprise soumise à la concurrence. Elle devra donc s’adapter en conséquence, ayant tous les atouts pour tirer son épingle du jeu. La SAQ bénéficie d’une image de marque archi-connue au Québec. Elle pourra continuer à exploiter sa notoriété pour fidéliser sa clientèle.

Ainsi, la SAQ pourra maintenir une position dominante sur le marché du vin au Québec pendant encore bien des années, malgré le processus de libéralisation. L’avantage en termes de diversité, c’est qu’elle gardera une force de vente suffisamment importante pour continuer à approvisionner toutes les régions du Québec d’une large gamme de vin.

CONCLUSION

Bref, ce n’est ni une proposition de droite (privatisation et libéralisation totale) ni une proposition de gauche (sauvons à tout prix une société d’État, en se fermant les yeux sur les dysfonctionnements du système).

C’est réaliste, peu compliqué à mettre en place, impliquant peu d’impact financier pour le gouvernement du Québec (voir mon étude sur ce sujet).

François Legault, Maire de Montréal?

Réflexions sur le livre de François Legault « Cap sur un Québec gagnant  – Le Projet Saint-Laurent».

Le développement économique est un enjeu politique majeur pour le Québec. Malheureusement, depuis 10 ans, on peine à trouver des stratégies de développement claires et cohérentes dans le programme des partis politiques québécois ou canadiens (voir par exemple mon analyse des programmes économiques des partis provinciaux aux dernières élections).Cap sur un Québec gagnant

Avec la publication de son ouvrage « Cap sur un Québec gagnant », François Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), fait maintenant exception. A travers son Projet Saint-Laurent, il offre une vision très personnelle et enthousiasmante de l’avenir économique du Québec.

Son projet se déploie autour de cette richesse collective que représente le fleuve Saint-Laurent : création d’un cluster de l’innovation dans la vallée du Saint-Laurent, valorisation du fleuve et de ses magnifiques paysages comme facteur d’attraction des investissements, de qualité de vie et de stimulation des activités récréotouristiques, renforcement du transport fluvial afin de placer le Québec au cœur d’un réseau multimodal de transport en Amérique du Nord, etc.

L’ancien dirigeant d’Air Transat en profite pour discuter d’éducation, d’universités, de centres de recherche, de productivité des entreprises, d’exportations, etc. Excellent!

Et c’est peut-être le seul leader politique issu d’un parti majeur au Québec à lier aussi clairement, avec éloquence et sans hypocrisie électoraliste, le développement économique aux arts et la culture ainsi qu’à la protection de l’environnement. Car on entend trop souvent cette petite musique de droite qui présente l’écologie comme un ennemi de l’économie ou le monde des arts comme un club d’artistes gâtés vivant au crochet de la société, au mépris des théories économiques les plus récentes.

Ceci dit, je reformule les mêmes critiques à propos du Projet Saint-Laurent que lors de son dévoilement il y a un an (un blogue intitulé « Le Plan Sud de la CAQ : beaucoup de silicone, peu de valley… »). François Legault veut créer un cluster de l’innovation dans la Vallée du Saint-Laurent, un territoire long de 500 km. Il ne semble pas comprendre la notion de proximité et de distance. Son livre abonde d’exemples à suivre dans le monde : la Silicon Valley, Boston, Helsinki, Tel-Aviv, Barcelone, Cambridge, Bilbao, Anvers, etc. Quelle est la caractéristique commune à tous ces endroits? Ce sont des VILLES, pas des PROVINCES!

Le succès d’un cluster repose sur la proximité géographique des participants : entreprises, financiers, universités, autorités publiques, etc. Il est plus facile de coopérer en face à face qu’à distance; les bonnes idées se diffusent beaucoup plus facilement au sein d’une ville où les gens se côtoient et se rencontrent régulièrement. Un cluster entre Montréal, Québec et Sherbrooke en passant par Trois-Rivières ne fait tout simplement pas de sens.

Mais François Legault va encore plus loin dans sa confusion entre une ville et une province. Chef d’un parti provincial, il expose dans son livre un programme politique qui l’aurait probablement fait élire Maire de Montréal aux élections municipales de novembre dernier!

Revitalisation des rives du Saint-Laurent, dépollution des eaux afin de permettre la baignade à Montréal, construction ou rénovation des usines montréalaises de traitement d’eau, développement urbanistique du Havre de Montréal (cette zone située entre les ponts Jacques-Cartier et Champlain) , revitalisation des vieux quartiers industriels, décontamination des terrains de l’Est de la ville, et j’en passe.

Quel beau programme pour une ville!

Et je dirais même plus, si le PQ et le PLQ sont accusés de venir allègrement piger dans les idées de la CAQ, l’ouvrage de François Legault semble s’inspirer franchement d’un programme d’un certain parti municipal à Montréal.

Voici sa proposition pour réparer ce gâchis qu’est la rue Notre-Dame à Montréal : «Il faut transformer la rue Notre-Dame en un boulevard urbain à début moyen, rationaliser les activités de camionnage et transformer la rue Notre-Dame en un axe de transport public de pointe en envisageant sérieusement la mise en place d’une ligne de tramway à voie réservée (p. 208). » A la page 209, il poursuit : « Seul un boulevard permettrait la construction de maisons, de commerces et d’immeubles de bureaux. Mais surtout, c’est la seule option permettant d’imaginer qu’un jour le fleuve redeviendra accessible au plus grand nombre ».

Tramway, boulevard urbain, accès au fleuve, construction d’immeubles de bureaux? Ceci ressemble étrangement au projet d’Entrée maritime de Montréal, proposé par Projet Montréal!

Tout ceci pour dire que le développement économique va nécessairement de pair avec le développement régional. Chaque région du Québec fait face à des problématiques économiques très différentes. Ceci appelle donc des stratégies économiques distinctes d’une région à l’autre.

Québec continue d’imposer des politiques de style « top-down » en imposant aux régions un modèle de développement. Or, les théories modernes de développement suggèrent plutôt des politiques de type « bottom-up » par lesquelles l’ensemble des acteurs socio-économiques se mobilisent pour développer une stratégie régionale commune et cohérente qui sera ensuite présentée au gouvernement provincial.

En discutant essentiellement d’enjeux régionaux, François Legault semble reconnaître cela. Mais il ne propose rien en matière de décentralisation régionale ou de responsabilisation des acteurs régionaux à propos de leur propre développement économique.

A quand au Québec une véritable politique régionale de développement?

A travers son bouquin, François Legault montre qu’il a l’intuition de ce qu’est une stratégie cohérente de développement économique. Mais au-delà de cette grande vision mobilisatrice, on attend avec impatience le programme économique détaillé de la CAQ.

Politique économique du Québec – Mon analyse twitter

Voici mon analyse twitter de la nouvelle Politique économique du Québec présenté par le gouvernement de Pauline Marois en octobre passé.

  1. Pol. industrielle du Qc Miser sur ls créneaux d’excellence ACCORD. Quelle évaluation depuis sa création? Et quelle mise à jour des créneaux?

  2. Pol. industrielle du Qc. Synergies régionales entre CLD, IQ et bureaux régionaux du MFEQ: très très bonne idée,

  3. Pol. industrielle du Qc. Et les PME de services à valeur ajoutée, on en fait quoi???

  4. Pol. industrielle du Qc Crédit d’impôt pour les PME manufacturières pour l’utilisation de TIC. L’innovation, c’est plus large que cela!

  5. Pol. industrielle du Qc. Aider 300 PME à grossir. Mais diagnostic fait par des fonctionnaires. Et pourquoi pas des spécialistes en PME???

  6. Pol. industrielle du Québec. Difficile sans une politique régionale sérieuse. S’adapter aux problèmes et tissu industriel de chaque région.

  7. Pol. industrielle du Québec. Misez sur les PME et les gazelles. Excellente idée!!!

  8. Pol. industrielle du Québec. Qui décide des créneaux d’excellence? Sur quelle base?

  9. Pol. industrielle du Québec. Je suis d’accord!!! MAIS le diable est dans les détails. Donnons plus de responsabilités aux régions

Pas de squelettes dans le placard, pas d’ardoise: Au revoir M. Bachand!

C’est un grand classique des lendemains d’élection que l’on observe dans à peu près tous les pays au monde (voir les nombreux exemples ci-dessous). Le ministre des finances du gouvernement fraichement élu se présente devant les médias peu après l’élection, et déclare, avec une mine faussement sombre et éplorée :

« Nous venons d’ouvrir les livres, et – oh horreur ! – nous découvrons que la situation réelle de l’économie est bien plus grave que nous l’imaginions dans l’opposition. Le gouvernement sortant a caché les vrais chiffres. Dans les circonstances, nous sommes vraiment, mais vraiment désolé, car nous ne pourrons pas réaliser toutes nos promesses – oh quel dommage. Tout est de la faute de la précédente équipe…. »

Est alors évacuées, prestement, mais bien habilement, toutes les promesses coûteuses et/ou farfelues lancées pendant le grand cirque de la campagne électorale.

Mais Rayond Bachand, Ministre des finances sortant, n’aura pas offert la possibilité de cette échappatoire à Mme Marois : bien avant le début de la campagne, M. Bachand a révélé l’existence d’un trou de 800 millions de dollars dans le budget du gouvernement du Québec.

Peut-être cherchait-il par là à se donner quelques marges de manœuvre en cas de réélection du gouvernement Charest? Mais certainement, cela démontre aussi son grand sens des responsabilités dans la gestion des comptes publics à titre de Ministre des finances du Québec.

Malgré les effets de la Grande crise de 2008, alors que le tsunami de la crise financière emportait les pays développés dans une vague d’endettement sans précédent, M. Bachand a su garder le cap budgétaire et rediriger le Québec résolument vers le déficit zéro.

De fait, on voit bien dans le tableau ci-dessous que le gouvernement du Québec a maintenu, depuis 2009, un déficit public nettement moindre que d’autres juridictions, y compris le Canada et l’Ontario.

Déficit public par pays

Source : OCDE, Ministère des finances du Québec, Ministère des finances de l’Ontario.

Dans ses trois derniers budgets, M. Bachand a planifié une réduction graduelle et prévisible du déficit public jusqu’au retour au déficit zéro prévu en 2013-2014 (voir figure ci-dessous), si évidemment le gouvernement du parti québécois veut bien garder le même cap.

Solde budgétaire

Source : Ministère des finances du Québec.

Et tout cela, en maintenant le financement dans le domaine de la santé et de l’éducation, tout en mettant en œuvre un programme d’infrastructures de 44 milliards de dollars : réseau routier, ponts et viaducs, hôpitaux universitaires, etc. Certes, le Gouvernement n’avait pas vraiment le choix : les viaducs nous sont tombés littéralement sur la tête!

Tout de même, contrairement aux pays européens qui ont appliqué des politiques d’austérité avant même le retour de la croissance, M. Bachand aura réussi à moduler le rythme des augmentations de dépenses et de revenus sans procéder à des coupures sauvages, de façon à ne pas tuer l’amorce d’une croissance économique durable.

Les marchés financiers auront reconnu la crédibilité de la méthode Bachand, malgré un endettement québécois parmi les plus élevés au monde, en maintenant la cote triple AAA au Québec, alors même que les États-Unis et plusieurs pays européens perdirent cet honneur.

Je me suis montré très sévère envers le gouvernement de Jean Charest. Mais dans un contexte de ralentissement mondial et de crise de l’endettement aux États-Unis et en Europe, et avec des marges de manœuvre réduites, M. Bachand aura réussi à tirer son épingle du jeu avec certes des budgets ennuyants, mais crédibles et responsables.

On espère que Nicolas Marceau, le nouveau Ministre des finances du Gouvernement Marois, saura être tout aussi responsable.

Au revoir donc M. Bachand!

Squelettes dans le placard et reniements de promesse: petit historique

Quand un nouveau gouvernement décide de ne pas tenir ses promesses sous prétexte de découvrir les « vrais » chiffres concernant la situation réelle de l’économie, bien pire qu’annoncée par le gouvernement précédent…

Élection provinciale 2003

Élection du  gouv. libéral de Jean Charest

 

« Charest accuse le PQ d’avoir caché la vraie situation budgétaire »

La Voix de l’Est, 1 mai 2003

« (…) Jean Charest a admis que l’état réel des finances  publiques va donner du fil à retordre à son gouvernement pour présenter un budget équilibré ce printemps. »

Élection fédérale 1993 Élection du gouv. libéral de Jean Chrétien « Martin confirmera un déficit fédéral de 40,5 milliards $ »

Le Droit,16 novembre 1993

« (…) C’est devenu une tradition pour les nouveaux gouvernements de réviser le déficit à la hausse, leur permettant ainsi d’accuser leurs prédécesseurs de mauvaise gestion. Brian Mulroney l’a fait en 1984, en annonçant que le déficit fédéral serait de 37 milliards $ plutôt que de 28. (…)

« Au cours du week-end, le premier ministre Jean Chrétien a  laissé entendre que son objectif de ramener le déficit à 3 % du produit intérieur brut d’ici la fin de sa troisième année au pouvoir, pourrait bien être allongé à la quatrième ou même la cinquième année. »

Martin se dit étonné du nouveau déficit

Le Devoir, mardi, 30 novembre 1993.

« (…) Qualifiant la situation de «dramatique», M. Martin a fait part de son étonnement devant cette autre gifle donnée aux finances fédérales. »

Élection fédérale 2006 Élection du gouv. conservateur de Stephen Harper Certains devront se serrer la ceinture

Cyberpresse, 2 mai 2006

« (…) Pour « reprendre le contrôle » des dépenses [Note : décidées par les libéraux] qu’il qualifie d’« effrénées », le ministre des Finances, Jim Flaherty, veut économiser un milliard par an. »

Élection présidentielle et législative en France 2012 Le Président François Hollande arrive au pouvoir avec une majorité socialiste (centre-gauche) Moscovici révise à la hausse le déficit laissé par Sarkozy

La Tribune.fr, 6 juin 2012

 

« (…) Selon Pierre Moscovici, qui en a fait l’annonce, la pente naturelle du déficit serait plutôt, cette année, de 5% du PIB. Ce n’est pas ce qui était annoncé par l’équipe de Nicolas Sarkozy, laquelle a quitté le pouvoir en estimant le déficit à 4,4% de la richesse nationale. Le chiffre de 5% lâché par le nouveau ministre de l’Economie a bien sûr pour fonction de montrer que l’équipe précédente avait, décidément, fort mal géré les finances publiques. »

L’héritage n’a pas le dos si large

Libération, 3 juillet 2012

« (…)dès dimanche, Pierre Moscovici, donne le «la». «Ils [la droite, ndlr] n’ont rien foutu pour réduire les déficits pendant cette année», assure-t-il. Puis reprend à son compte la petite musique qu’avait commencé à entonner, quelques jours auparavant Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget, su le mode de «l’ardoise dissimulée» par l’ancien gouvernement. »

Élection législative en France 2002  

La situation budgétaire, sujet de polémique avant les législatives

AFP Infos Economiques, 7 juin 2002

 

« (…) M. Marini a aussitôt accusé l’ancien gouvernement d’avoir été « irresponsable », et d’avoir « consommé sur quatre mois seulement la totalité de l’augmentation des dépenses permise par le budget de 2002 ». »

Budget: M. Marini (RPR) accuse l’ancien gouvernement d’irresponsabilité

AFP Infos Economiques, 7 juin 2002

« (…) Le sénateur considère que « ce comportement de l’ancien gouvernement est totalement irresponsable, et disqualifie ses auteurs et en particulier Laurent Fabius à jouer les professeurs de rigueur ou de vertu comme il voudrait continuer à le faire en trompant tout le monde ». »

Élection législative en France en 1997  

Un audit pour montrer l’ampleur des dégâts. Un déficit public de 3,35 à 3,6% du PIB, selon nos estimations.

Libération, 19 juin 1997

 

« La persistance du trou de la Sécurité sociale va rendre plus sulfureux encore l’audit des finances publiques que doit lancer ces jours-ci le gouvernement Jospin. Par tradition, cette opération post-électorale est avant tout destinée à prouver que l’ancienne équipe a laissé le pays dans un état calamiteux. »

« (…) Dominique Strauss-Kahn, a indiqué récemment que le rythme des réformes promises par le PS durant la campagne pourrait alors s’en ressentir. »

Les contraintes budgétaires obligent à différer la véritable relance

Les Echos, 20 juin 1997

« Conscient de la faiblesse des marges de manoeuvre budgétaires, Lionel Jospin a différé à l’automne les principales mesures de relance évoquées pendant la campagne. Au risque de décevoir. »